vendredi 21 décembre 2012

Problématique du corps à l’adolescence

On ne peut parler d’adolescent sans évoquer son corps : il n’y a d’adolescent que parce que le changement pubertaire travaille le corps de l’enfant, bouleverse ses repères spatiaux et la linéarité de son développement physique. En 1990, Françoise DOLTO qualifie l’adolescence de « complexe du homard », se référant à la fragilité de l’animal qui a perdu sa carapace et pas encore acquis la nouvelle. Notons encore que la notion du corps va souvent de pair avec celle du développement du moi en psychanalyse. Le moi se développe à partir de la couche corticale du ça. Projection du corps, il est, nous dit Michel BERNARD (1976), « le mythe qui nous garantit la propriété et le contrôle de notre corps ». Le corps est considéré comme « une incarnation vécue du moi ». C’est une façon de ne rien admettre du corps en dehors du désir inconscient et des fantasmes qu'il suscite (citer par C. BALLOUARD. 2003. P. 75).

Brutalement, à l’adolescence, le corps fait du « bruit ». Il est au centre de la plupart des conflits de l’adolescent.Annie BIRRAUX écrit : « Devenir un corps adulte est une épreuve, renoncer pour cela à son corps d’enfant n’est pas non plus une mince affaire». Rappelons que dans la tranche d’âge 11-20 ans scolarisés, 12, 4 % des garçons et 37, 3 % des filles se disent excessivement préoccupées par leur poids. La transformation morphologique pubertaire, l’irruption de la maturité sexuelle remettent en cause l’image du corps. Ces modifications rendent compte en partie de la fréquence avec laquelle on se réfère au corps lorsqu'on étudie l’adolescence et le paradoxe du corps est d’y être considéré encore comme un objet transitionnel, c’est à dire faisant à la fois partie du moi et du non-moi : « le recours au corps est à l’adolescence un moyen privilégié d’expression. Le corps est en effet un repère fixe pour une personnalité qui se cherche et qui n’a qu'une image de soi encore flottante. Il est un point de rencontre entre le dedans et le dehors, en marquant les limites… Le corps est une présence tout à la fois familière et étrangère : il est simultanément quelque chose qui vous appartient et quelque chose qui représente autrui et notamment les parents… Enfin, le corps est un message adressé aux autres. Il signe généralement les rituels d’appartenance, notamment sous la forme de la mode.».

Nous voyons donc que le phénomène physiologique de la puberté a une incidence sur le psychisme de l’adolescent, sur son identité. Le concept psychanalytique d’image du corps est très difficile à cerner et à définir. Il a d’abord été confondu avec celui de schéma corporel. SCHILDER, un des premiers auteurs à
avoir travaillé la question passe lui-même d’un terme à l’autre sans distinction.

SCHILDER, WALLON, PIAGET, MERLEAU-PONTY, LACAN, DOLTO ont conceptualisé des notions aussi diverses que l’image du corps, le schéma corporel, l’image spatiale du corps, l’image de soi, l’image inconsciente du corps, etc. qui ne recouvrent pas les mêmes faits et qui se sont succédées depuis la fin du siècle dernier.

Ces différentes approches nous montrent combien il est difficile de tenir un discours univoque sur le corps. Tout d’abord, lorsque l’on parle de corps, de quel corps parle-t-on ? Du corps physiologique, biologique ou du corps imaginaire, fantasmatique ?

Comment la psychanalyse parle-t-elle du corps ? Pour répondre à cette question, on va avoir besoin au préalable de poser quelques notions freudiennes qui nous permettront, on l’espère, de mieux comprendre ce rapport d’un sujet à son propre corps et au corps des autres.





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